Garderie nationale, le déménagement des enfers et J-2

 25 juin

La garderie nationale dans les bâtiments surchauffés, mal gérés, sans même un pauvre ventilateur pour se soulager de la chaleur. Les journées sont interminables parce que les consignes ont quand même été données aux parents de garder leurs enfants si possible les après-midi. Je me suis retrouvé avec une fonte drastique de mon effectif au point qu’entre la chaleur insupportable dans la classe et ça, il est inconcevable de faire travailler les élèves. Alors on temporise, on se met tous dehors le matin, à l’ombre, tant qu’il ne fait 27 ou 28 °C (j’hallucine d’écrire ça) pour rentrer tout le monde l’après-midi sous le grand préau qui conserve une relative fraîcheur (29 °C contre les 38 °C de dehors). On nage en plein délire. 

Atteignant les deux mille mots, la nouvelle se déroulant dans l’Égypte antique avance petit à petit, même si écrire devient de plus en plus difficile dans mon bureau. Je n’ai pas la chance d’avoir un portable qui me permettrait de descendre au rez-de-chaussée où il fait un peu moins chaud. Alors je fais de courtes sessions, le ventilateur couvrant à moitié le son de la musique. Je dégouline sur mon fauteuil. Le principal avantage est que j’ai le sentiment d’écrire en situation, je vis et je ressens un certain nombre de choses que les personnages vivent et ressentent.

27 juin

C’est aujourd’hui le grand jour. Départ pour Chaumont et déménagement de Gael après trois années passées là-bas. Le retour se fait finalement en demi-teinte, car il m’a annoncé hier vouloir plutôt résider chez sa mère et venir ponctuellement chez moi. Si ça ne constitue pas une réelle surprise, je le voyais venir depuis un moment, ça n’en constitue pas moins un motif de peine. Entre chez sa mère, cigarette où il veut et alcool en accès libre, l’appartement pour lui la plupart du temps, et chez son père, interdit de fumer, alcool à l’apéro uniquement, avec nous dedans en permanence (pas de fiestas possibles les samedis soirs), la présence de sa belle-mère et de sa belle-sœur, c’est sûr que le choix est vite fait.

Pour autant ça me peine. Il est certain qu’à vingt et un ans, je ne peux plus lui imposer la garde alternée, et ce serait de toute façon contre-productif, donc je m’y soumettrai forcément. Mais forcément attristé. J’ai fait le maximum pour qu’il soit bien chez moi, au moment d’acheter notre maison, l’année dernière, on a bien pris soin de lui réserver une pièce pour faire sa chambre, qu’il se sente toujours le bienvenu.





28 juin

Une journée qui monte à 42 °C, un déménagement pour lequel rien n’a été préparé, je dois admettre que je suis passablement agacé. Si Gael est source de fierté sur bien des plans, l’échec est cuisant sur sa capacité à prendre ce genre d’événements au sérieux. Je suis arrivé à 9 h 30 le matin, il se réveillait d’une nuit courte et difficile parce qu’il n’a pas été capable de se réguler un tant soit peu la veille et a fini complètement ivre. Il est en vacances depuis dix jours et il n’a pas préparé un seul sac, trié un seul placard de nourriture, rien n’était prêt. Si je comprends ses exigences d’être reconnu comme un adulte, son désir d’émancipation, il va falloir qu’il montre un peu plus de signes de maturité.

Pour couronner le tout, la soirée jeu qui était programmée le soir même à la maison s’est vue amputée d’un joueur qui n’a pas voulu se déplacer, à cause de la chaleur. Évidemment ça peut s’entendre, mais c’était un peu la cerise sur le gâteau quand je vois la journée passée et que j’ai quand même réussi à être opérationnel à 20 h pour accueillir les joueurs chez moi. Bref, quand ça ne veut pas.

Après une semaine d’arrêt de la course forcé par la canicule, j’ai profité de la relative fraîcheur ce matin pour aller me remettre en jambe. Une douce brise, les traces de la pluie nocturne, des conditions agréables qui ont procuré de bonnes sensations.


1er juillet

Après avoir vécu ce qui est sans conteste le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, j’aborde le mois de juillet avec une certaine anxiété. Je profite de ces quelques jours de répit, alors qu’une nouvelle vague de chaleur est annoncée à partir de samedi, sans qu’il soit encore possible d’en déterminer la durée et l’ampleur, ça n’en reste pas moins inquiétant.

L’avant-dernière grosse étape de la fin d’année scolaire a eu lieu hier : la fête de l’école. Un événement toujours riche en tensions diverses, mais aussi en satisfactions fort heureusement, sinon on devrait légitimement se questionner sur notre entêtement à l’organiser tous les ans. J’ai fini hier soir dans un état de fatigue comme seules les fins d’années scolaires sont capables de provoquer, un brouillard cognitif permanent, l’incapacité à se concentrer, à discuter, à écouter, à regarder quoi que ce soit. Au lit à 21 h 45. Endormi sûrement dans les minutes qui ont suivi. Il y a encore la sortie de fin d’année jeudi, une journée continue pendant laquelle notre administration bienveillante nous fait travailler presque le double de notre temps habituel pour le même tarif, dans un cadre réglementaire suffisamment flou pour qu’on puisse nous rendre responsables du moindre problème.



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