Le vélo, l'écriture, les rencontres
La cohabitation entre les différents usagers de la route a été toujours un sujet complexe et source de confusion. Nous sommes tout à la fois piétons, automobilistes et même parfois cyclistes. Tout le monde devrait comprendre les enjeux et les contraintes de chacun, mais pour autant, c’est très souvent dans un climat de tension que la rencontre entre les bulles de ces différents usagers se déroule. Je fais ici référence à une altercation que nous avons vécue, Marion et moi, samedi dernier, avec un automobiliste plutôt récalcitrant.
Sans entrer dans les détails, pas très intéressants, du déroulé de l’incident sans gravité, ce qui me frappe à chaque fois et qui me sidère, c’est la violence et l’agressivité dont les gens font preuve dans ces cas-là. Ça part tout de suite dans les noms d’oiseaux, le tutoiement condescendant, les injonctions péremptoires. C’est typiquement ce genre d’événement qu’on ressasse pendant des jours après, en se disant qu’on aurait dû dire ça, répondre de cette façon, en s’imaginant qu’on aurait eu le dessus sur une personne qui, de toute évidence, n’avait pas envie de dialoguer, juste laisser éclater sa colère et sa toute-puissance routière. J’en viens à rêver de ces quelques jours à Amsterdam comme la norme routière française.
Du côté de l’écriture, ma nouvelle "Le survivant" a été partiellement réécrite à la suite de commentaires sur le forum des Jeunes Écrivains. Mais je pense qu’il y a encore des choses à améliorer. Du côté du Phare, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Thierry Crouzet, auteur de son état, et cette discussion me poursuit encore plusieurs jours après. Il a soulevé de nombreux points, dont certains m’avaient déjà été rapportés, et ça m’a donné envie de me plonger dans la réécriture de certains passages. Plus le temps passe et plus je vois, et cette conversation m’a aidé à y voir encore plus clair, les défauts ou les maladresses de style.
J’ai commencé l’écriture du Phare il y a plus de trois ans et je n’avais pas produit d’aussi longs textes depuis très longtemps. Il m’apparaît aujourd’hui évident que l’écriture s’est améliorée au fur et à mesure de l’avancement du projet, le style s’allégeant et devenant plus fluide, ce qui a souvent été un constat chez mes bêta-lecteurs (on m’a souvent dit que les premiers chapitres sont un peu lourds et qu’après, ça se lit bien mieux). L’idée serait de réécrire complètement au moins le chapitre I dans un premier temps, mais je dois admettre que je suis encore un peu tétanisé face à la tâche.
Je me rends compte aussi que j’ai peut-être été un poil ambitieux et présomptueux en m’attaquant d’emblée à un roman, avec une structure plutôt complexe (plusieurs niveaux de narration, une temporalité morcelée) et qu’avant d’aller plus loin, il vaudrait mieux que je m’exerce sur des choses plus courtes, permettant plus de liberté. D’où l’idée de persévérer dans l’écriture de nouvelles pour l’instant. Le travail sur "Le Survivant" a déjà été bénéfique, je compte reprendre et terminer "Être & Pouvoir", laissée en plan depuis des années, et j’ai déjà griffonné deux ou trois autres idées de nouvelles.
La suite du "Phare", "Jamais Vraiment Seul" va être mise en pause pendant quelque temps, ou j’y reviendrai si l’envie se fait sentir. Je vais surtout essayer de moins m’imposer de barrières imaginaires.
Thierry a aussi évoqué l’approche de l’écriture avec le support des LLM, dans un premier temps pour aider à repérer les problèmes de style, puis aussi pour aider à réécrire des passages, tout en précisant bien qu’in fine, c’est l’auteur qui doit rester le maître d’œuvre et ne pas déléguer la création aux machines. J’ai tenté l’expérience avec Claude AI en lui soumettant la première scène du "Phare" et en lui demandant de me proposer des réécritures selon des directives précises. Si le résultat est proprement bluffant et assez conforme à ce que j’attendais, je ne peux m’empêcher de ressentir le syndrome de l’imposteur. Je ne suis encore même pas ce qu’on pourrait qualifier d’écrivain et déléguer l’écriture, la friction qu’il faut affronter pour transformer le bouillon d’idées partant dans tous les sens, à un dispositif, certes puissant, me gêne profondément.
Alors, certes, j’utilise un ordinateur pour écrire, un abonnement à Antidote pour corriger, je suis plutôt ce que je qualifierai de technophile, mais tout ce qui est lié aux LLM me pose trop de problèmes (écologique, humain, économique, sociologique) pour que j’arrive à adhérer sereinement, sans culpabilité.
Par contre, là où j’arrive à voir un intérêt réel aux LLM, c’est le même que dans cet échange avec Thierry, avec Erika Valéry (l’autrice du superbe "La geste improvisée du Chevalier Anowan"), les utilisateurs d’un forum ou encore les proches qui ont lu mes écrits : cette possibilité d’avoir un interlocuteur pour discuter, se faire bousculer. Si le LLM va forcément perdre les aspects humains les plus évidents (connaissance de ma personne, ce qui constitue un biais, la sincérité - consciente ou non - étant forcément sujette à caution en fonction de l’interlocuteur et de son degré d’intimité), il va gagner en disponibilité (tant qu’on n’a pas cramé tous ses tokens), en profondeur analytique et offrir une réponse brute, sans enrobage.
Je termine sur des notes plus légères : hier, alors en surveillance de récréation, il y a cet étrange ballon-sonde qui nous a survolés, alimentant les théories les plus fantaisistes.
Et un autre financement participatif qui m’a dépouillé de mon argent sur des promesses alléchantes sur le papier et qui finissent par prendre la poussière sur une étagère déjà trop remplie de jeux de rôle auxquels je ne jouerai malheureusement jamais. Le perdant du jour : Blade Runner. Mais j'aurais dû me méfier : un jeu entièrement en anglais part déjà avec un sacré handicap pour notre petit groupe de joueurs. Je l'ai mis en vente, sans états d'âme (ce qui ne me ressemble pas beaucoup), en espérant qu'il fera le bonheur d'un autre joueur.




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