Pourquoi le mardi, le passé simple et un état des lieux.

 Une constante pénible m’afflige depuis de nombreuses années : la mauvaise humeur, une certaine morosité contre laquelle il est quasiment impossible de lutter. 

Ça ne commence pas toujours dès le réveil, mais ça finit toujours par me tomber dessus dans la matinée, je prends tout mal, pour moi, je suis vite désagréable avec mes proches, au travail. J’ai le sentiment de ne rien supporter. 

Depuis que j’ai pris conscience de ce problème, j’essaie d'en identifier les causes, mais je n’ai encore rien trouvé de très probant. Je me suis déjà demandé si la perspective de ne pas travailler le mercredi pouvait causer une forme d’impatience, comme un écho du vendredi plus tôt dans la semaine. 

On dit souvent qu’avoir conscience d’un problème, c’est déjà être sur la voie de sa résolution, tant il est vrai que, sachant cela, je suis plus vigilant à ne pas être l’odieux râleur, le bougon patenté qui voit tout en noir. 

Quand je disais que cette conversation avec Thierry Crouzet me restait beaucoup en tête, je ne mentais pas. J’en veux pour preuve cet autre questionnement qui me turlupine depuis ; l’emploi du passé simple. En tant que défenseur depuis la langue française d’arrière-garde, j’ai du mal à céder à ce que je considère comme un appauvrissement du langage, du moins écrit. J’ai toujours considéré le passé simple comme un temps essentiel du récit, jouant le rôle du parfait balancier de l’imparfait, trouvant naturellement son usage par la mécanique induite entre les deux. 

Et puis cette discussion. C’est vrai qu’on peut toujours écrire au présent, mais, dans certains cas, ça n’a pas la même portée. En particulier dans la science-fiction, où les récits peuvent s’étaler sur des éons, le passé et ses époques entrelacées me semblent être les seuls éléments capables de représenter cette immensité. 

Mais admettons que le passé simple est dépassé. Le présent ne me semble pas toujours approprié. Alors, par quoi le remplacer dans un récit au passé ? Et puis Alastair Reynolds me l’a exposé en pleine figure ce week-end dans une des nouvelles de La Grande Muraille de Mars. Je n’avais jamais vraiment réfléchi à la question auparavant, mais après quelques recherches, il y a deux options : soit éviter soigneusement les formes les moins courantes du passé simple (pas de première et de deuxième personne du pluriel, notamment ; réécrire les phrases pour qu’elles soient préférablement à la troisième personne), ou tout simplement utiliser le passé composé. Pour en avoir fait l'expérience de lecteur avant de lire ce conseil, ça a levé toute objection de ma part : ça fonctionne très bien. 


On se perd parfois dans les méandres de sa pensée. Une idée émerge, on voudrait la développer, la laisser se dérouler librement. Et puis, une pensée annexe interfère, recalibre notre attention sur un autre point. Au bout de ce qui semble avoir duré de longues minutes, qui n'auront souvent été que quelques fractions de seconde, on a perdu le fil, on a atterri sur un territoire inattendu et on a oublié d'où on est parti.

"Jamais Vraiment Seul" est en pause, "Les Chemins de Branto" est en attente de retours (et je lui laisse quelques semaines à mûrir dans son coin), "La Machine"  se construit petit à petit, mais dans laquelle je n'ose me lancer, et enfin "Être & Pouvoir" que j'essaie de dépoussiérer dans l'espoir de la terminer.

Et pourtant, cette langueur, cette insatisfaction permanente, l'échappatoire dans un jeu vidéo. Je ne veux pas vivre l'écriture comme une injonction, mais je sais aussi que si je ne m'y mets pas sérieusement régulièrement, je finis toujours par repousser l'échéance. J'adore écrire, mais je le redoute tout autant. Ce moment où je pars et les mots se déversent de mes mains, comme propulsés par une force inconnue, qui me fait souvent dévier de l'objectif premier, me mène là où je n'avais pas prévu d'aller. Je rêve régulièrement d'être dans une situation idéale, où j'aurais tout mon temps à consacrer à cette activité, sans échéances, sans le quotidien, sans le travail qui occupe une trop grosse part du processus mental. Mais je sais aussi que c'est à la fois un leurre (le fameux "si on veut, on peut", cette injonction qui ne dit pas son nom, performer à tout prix) et une chimère, la situation idéale n'existe pas. Je me dis souvent que j'ai déjà la chance d'exercer un métier qui me laisse la liberté de gérer une grosse partie de mon temps comme je le souhaite, avec seulement quatre jours de présence au travail et de nombreuses périodes de vacances. C'est déjà pas si mal.

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