Le soulagement, le syndicalisme et la convalescence qui n'en finit pas
J’ai mis la dernière touche à La Machine, ma dernière nouvelle en date. Au-delà de toute considération sur ses réelles qualités intrinsèques, le résultat me convient plutôt bien. Dans le sens où j’ai réussi à atteindre les objectifs que je m’étais fixés : la taille (je visais cinq mille mots, elle compte cinq mille neuf cent trente-huit), le ton, la part belle donnée aux dialogues pour exprimer les choses (le fameux « show, don't tell »), avoir réussi à me tenir au canevas préétabli sans trop digresser.
Je termine un écrit qui me semble cohérent, complet, mais pas exempt de défauts et de choses à retoucher, évidemment. La prochaine étape consiste à revenir sur Les Chemins de Branto pour le polish final. Et après cela, soit reprendre l’écriture de Être & Pouvoir, une très vieille nouvelle laissée en friche depuis des années ou démarrer l’un des trois autres projets d’histoires courtes que j’ai en stock. Pas de plan sur la comète, pas de pression, on verra au gré de mes envies.
4 et 5 juin
Dans le cadre de mon travail, j’ai parfois l’occasion d’assister, si je le souhaite, à des stages non pas officiels et imposés par ma (bienveillante) hiérarchie mais par les (vilains) syndicats. C’est donc le cœur léger que je me suis rendu à celui intitulé « Pédagogies émancipatrices — Catastrophe écologique, effondrement du vivant, comment l’école pourrait être à la hauteur ? ». Tout un programme…
Ce n’est pas un moment dont on ressort indemne et apaisé, pour être honnête. Au-delà du fait que le constat écologique et climatique est accablant, étayé par divers intervenants tous passionnants et en maîtrise de leur sujet, il y a dans ces grands-messes un côté qui me plaît énormément : elles me font sortir de cette impression de solitude, d’être seul concerné par certains problèmes et d’avoir envie de changer quelque chose.
Au quotidien, j’ai souvent le sentiment que ma perception des ravages de l’homme et du capitalisme passe au second plan, que tout est minimisé, enterré sous des couches de petits tracas quotidiens. Il est plus facile de s’indigner de choses insignifiantes et avec une portée extrêmement limitée que d’essayer de prendre le recul nécessaire et de considérer le monde, l’univers, comme un système complexe (en acceptant que nous sommes loin de le comprendre dans son entièreté) dont l’équilibre s’avère précaire. Du moins l’équilibre qui nous a permis d’apparaître et de prospérer en tant qu’espèce.
Je ne sais pas si je ressors meilleur de ce stage, si ma pédagogie va être plus habitée par le souci écologique qu’elle ne l’est. Mais j’ai vécu un moment de partage de ces thèmes, des échanges passionnants et animés, loin de la polarisation des réseaux sociaux, des limites écrites qu’imposent les forums et autres canaux de discussion que j’utilise d’habitude.
10 juin
Sous une pluie légère, j’ai fait ma sortie en course à pied ce matin. Encadrée par deux sessions de marche, une courte plage de vingt-cinq minutes de course à une allure d’escargot où la frustration se mêle à l’espoir. Quand je sortais, il y a encore quelques mois, systématiquement plus d’une heure, pour des parcours de dix, douze ou quinze kilomètres, des sessions de fractionné, se retrouver réduit à ces excursions commence à me peser. Je n’ai repris que depuis le 28 mars ; j’ai suivi ce programme contraint et forcé d’y aller avec prudence, en analysant à chaque fois la charge, l’état du genou, depuis bientôt deux mois.
Fort heureusement, ce dimanche, je me suis inscrit, au terme d’une longue liste d’attente, à ma première course officielle depuis des mois. Ce sera un simple dix kilomètres, dont le seul objectif consistera à le terminer sans douleur. Il va falloir cependant lutter pendant contre l’envie d’accélérer. Et ce, pour plusieurs raisons. La première, c’est que ça pourrait nuire au ménisque, il n’a pas encaissé autant de kilomètres d’un coup depuis février, donc la charge sera déjà forte, pas la peine d’ajouter la vitesse à l’équation. La seconde, c’est que je me questionne sur ma capacité à tenir la distance à une allure plus rapide que celle à laquelle je me traîne depuis la reprise.



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