La roue tourne, le temps perdu et les angoisses paternelles
Il y a quelque temps, quand j’ai appris l’annulation de la série La Roue du Temps sur Prime, la déception s’est abattue sur moi, car, malgré des défauts évidents, la série me plaisait bien. Alors, plutôt que d’espérer une éventuelle reprise par d’autres, je me suis dit que c’était l’occasion de se lancer dans la version d’origine : la saga littéraire de Robert Jordan. Vingt-huit (28 !) tomes en version poche, une œuvre-fleuve dont je savais à l’avance qu’il allait être difficile de voir le bout.
J’ai déjà lu trois tomes et bien apprécié le ton, plus adulte que la série (il est clair qu’ils ont ciblé un public plus adolescent, selon moi, sur le programme produit par Prime) et, comme à chaque fois dans une adaptation, la découverte de pans entiers des personnages, de l’histoire, qui donnent une autre dimension à l’œuvre.
Quand je lisais en parallèle la saga The Expanse (que je recommande chaudement, mais ça fera sûrement l’objet d’un autre billet) et que je regardais chaque nouvelle saison, si ce n’était l’incarnation de certains personnages vraiment réussie, j’étais systématiquement déçu par la série qui prenait des chemins détournés, dénaturait certains passages et surtout qui a eu le mauvais goût d’être aussi annulée avant le grand final des trois derniers tomes.
Je me console finalement en me disant que l’œuvre originale de la Roue du Temps restera finalement l’objet central sur lequel il faudra baser son avis et non pas une adaptation aux multiples choix ratés, malgré un casting plutôt réussi (et qui, du coup, m’impose la tête de certains personnages : Moraine est incroyablement bien campée par Rosamund Pike).
J’ai donc déjà stocké comme un petit écureuil littéraire les onze premiers tomes et attaqué le quatrième ces derniers jours. Les livres ont beau être écrits d’une façon assez moderne, si l’on compare le genre avec son illustre maître Tolkien, rendant la lecture fluide et facile. Il n’en reste pas moins que la décision de les lire entrecoupés d’autres livres rend difficile la compréhension globale et le suivi des sous-intrigues, notamment quand il s’agit de personnages qui n’ont pas été nécessairement incarnés à l’écran et pour lesquels je manque de repères par rapport aux nombreux protagonistes.
Pour autant, je ne me vois pas du tout enchaîner les vingt-huit volumes à la suite et me retrouver pendant de nombreux mois à ne lire qu’une seule chose, ça me paraît inconcevable. Au-delà du côté abrutissant et un poil monomaniaque, ça m’empêcherait d’assouvir ma soif de science-fiction pendant un temps bien trop long.
C’est la troisième fois depuis ce matin que j’écoute Husbands de Geese et cette chanson me plonge systématiquement dans cet état à mi-chemin entre une légère mélancolie et une forme de transe. Je n’ai pas envie qu’elle s’arrête et pourtant, la sensation n’est pas complètement agréable.
Pourquoi, avec cinq jours de pont, n’ai-je finalement que peu avancé dans l’écriture de La Machine ? Quelques lignes par-ci, quelques ajustements par-là, mais d’avancée majeure. Je sens bien que je repousse le moment où il faudra s’attaquer au cœur du récit, au point d’inflexion où tout va se jouer. Je le redoute parce que je veux absolument réussir à exprimer les événements avec l’ampleur que je visualise, que je ressens. Il y a moyen de passer complètement à côté, en étant trop explicite ou à l’inverse, si je verse dans quelque chose de trop confus pour ne pas tomber dans le piège de ma première crainte.



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