Remettre sur l’ouvrage, le dialogue intérieur et la structuration silencieuse

 J’ai souvent lu ou entendu que l’art, c’est tout à la fois un certain talent « naturel », mais aussi une certaine pratique régulière pour l'affiner, l'aiguiser. Ayant dessiné dans ma jeunesse, été musicien autodidacte depuis mes quinze ans, peintre de figurines depuis douze ans, je ne peux qu’abonder dans ce sens. Quel que soit le talent de départ, il n’est rien sans un minimum de travail et de constance. 

Et l’écriture n’y échappe pas. Sur La Machine, j’arrive à écrire très régulièrement depuis quelque temps, cinq cents mots minimum à chaque fois et je sens que plus je pratique, plus ça semble facile. Je ne prétends pas écrire mes meilleures lignes. Tout est juste plus fluide, plus simple. Le fait de se trouver dans l’histoire, son développement, en permanence, ça permet de s’engager plus rapidement dans la création, l’analyse, le questionnement, sans les phases longues de remise à niveau quand la pause s’étire. 

Ce constat va bien dans le sens que la rédaction de nouvelles me semble, pour le moment, plus compatible avec la vie professionnelle et sociale. Ça me désole pour la suite du Phare, mais je ne perds pas espoir pour autant. 

2 juin

J’ai toujours eu un problème avec la réflexion, l’analyse contradictoire et tout ce qui demande de revisiter son bagage culturel et le confronter à d’autres pour le tordre et en ressortir quelque chose de nouveau. D’aussi loin que je me souvienne, les travaux imposés en français et en philosophie me mettaient en difficulté. 

Alors certes, je n’avais pas le même âge, ni les mêmes connaissances, ni la même expérience. Mais la plupart de mes pairs arrivaient à articuler ces éléments pour en ressortir quelque chose de cohérent, quand je m’embourbais dans mon refus d’assimiler les sources qu’on me donnait et je peinais à construire un raisonnement tant la certitude qui était mienne de connaître LA réponse aux questions posées me faisait paraître l’exercice complètement vain. 

J’ai pourtant la prétention de croire que je ne suis pas figé et accroché à mes idées, mais l’expérience me prouve souvent le contraire. À seize ou dix-sept ans, j’avais déjà l’audace de croire que je détenais la science infuse et que disserter était une perte de temps. Que dire de cet état d’esprit à cinquante-deux ans ? Et ce ne sont pas les réseaux sociaux, polarisés algorithmiquement, qui aident à se confronter à d’autres idées. Ou quand ça le fait, c’est pour démontrer à quel point le camp d’en face est crétin, arriéré et fait forcément fausse route.

Ce qui me semble souvent problématique finalement, c’est que j’ai l’impression de manquer du bagage culturel qui me permettrait de faire dialoguer des idées contradictoires. Je n’ai pas lu, ou très peu, de philosophes. Je n’ai pas lu, ou très peu, de grands classiques de la littérature. Dans ce domaine, mes tentatives récentes, hors du cursus scolaire imposé, se sont toutes soldées par un échec. Que ce soit les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand, dont l’enfance bretonne, et notamment malouine, me réjouissait, ou encore le monument La Guerre et la Paix de Tolstoï, j’ai chaque fois fini par me casser les dents sur une narration, un style, ou un récit trop inscrit dans une Histoire française que je ne maîtrise pas assez.

Je me demande si j’ai abordé ces œuvres, et d’autres que j’ai oubliées, de la bonne manière cependant. Ce ne sont peut-être pas des livres qui se lisent comme un roman de SF ou de Fantasy, mais plutôt un crayon à la main, en notant ou annotant des choses. Je me suis souvent demandé si je n’avais pas eu une lecture trop passive (un comble). Ou, à nouveau, me manque-t-il les clés pour les apprécier ?

5 juin

On dit souvent que de la contrainte naît la créativité. En écrivant sur ce blog, j’ai remarqué que, sans y penser, je répétais involontairement une structure similaire dans mes articles récents. En effet, j’ai constaté que je les organisais systématiquement en trois points, depuis la structure de l’article jusqu’au titre qui y faisait référence. Comme si le chemin créatif (un poil prétentieux comme terme ici) m’avait amené à cette structuration inconsciente.
Mais là où c’est le plus drôle, c’est que j’ai remarqué que c’était en train de devenir une sorte de contrainte intrinsèque, autoréalisatrice, et que je n’arrivais pas à finir un article sans m’y conformer. Je ne sais pas si j’arriverai à m’y tenir strictement à chaque fois, mais l’idée me plaît.

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