Eteindre la colère, fin du cycle et l'ennui comme vertu

 1er juillet

La colère, quand elle est subie, s’avère totalement contre-productive et finit par me mettre dans un état proche de la déprime.

La lente montée de la colère au fil des jours de juin m’a sidéré. Sans que je m’en rende compte, les articles de ce blog ont radicalement changé de ton et je ne m’en rends compte que maintenant. 

Alors, quand survient une injustice flagrante à l’encontre de la personne que j’aime, dans un environnement dans lequel on devrait pouvoir évoluer sereinement et en confiance, c’est le point de rupture.

2 juillet

À me voir dans le miroir ce matin, je réalise qu’avec ma nouvelle paire de lunettes, j’en suis arrivé au point où je les porte à présent en permanence. Quand j’ai dû en chausser en 2020, c’était pour contrer les premiers effets de la presbytie naissante et ça n’était qu’à certains moments de la journée. Six ans ont passé et me voilà arborant ce stigmate de l’âge.

On dit souvent qu’on ne se voit vieillir que dans les yeux des autres. 

Le rejet n’a pas besoin d’être exprimé verbalement pour être ressenti, remarqué. Parfois, les attitudes, les choix dessinent en creux l’envie, consciente ou non, de ne pas être partie intégrante d’un projet, d’un groupe. La douleur, elle, est bien réelle. 

3 juillet 

C’est la fin. Avant le début, le prochain. 




4 juillet

J’ai envie de parler de ce cycle étrange qu’impose mon métier. Celui que l’on connaît enfant, qu’il faut souvent quitter à l’âge adulte, parce que c’est sérieux et qu’il faut produire, devenir efficace, que les vacances, l’oisiveté, c’est mal. Quand j’ai redécouvert ce rythme étrange, à la naissance de Gael, c’était d’abord pour profiter de lui, ne pas reproduire ce que j’avais connu enfant, être présent pour mon fils, partager, échanger, vivre ensemble, le voir grandir. Puis, au fur et à mesure de sa prise d’autonomie, j’ai réinvesti ce temps pour moi, comme au temps des études secondaires ou du lycée, où je me voyais artiste, j’écrivais des textes et composais des chansons, les arrangeais avec les moyens du bord (de simples cassettes audio trafiquées). 

Quand il a fallu devenir sérieux et productif, j’ai un peu remisé ces choses-là, mais je pense que l’envie et le moteur ne m’ont jamais quitté. Alors, quand j’ai repris la main sur le contrôle du temps, ces impulsions ont petit à petit regagné leur place. Je n’ai pas la prétention d’avoir un message à passer ni d’avoir un talent ou un style particulièrement singulier, tout ce que je sais, c’est que j’ai envie, j’ai besoin d’écrire. Sur ce que je vis, ce que je ressens, dérouler ma pensée en mots, et aussi créer des univers, raconter des histoires, banales, peut-être déjà lues et écrites mille fois, mais ce sont les miennes.

Ça me fait penser à ce post sur lequel je suis tombé sur Instagram :

Someone asked Claude:
"What has fundamentally changed the world for the worst without humans realizing it?"

Claude's response:
"The answer is the collapse of unstructured time — and specifically, what smartphones and algorithmic feeds have done to boredom.

For the vast majority of human history, boredom was not a problem to be solved. It was a cognitive state that forced the brain into a mode we now call the 'default mode network' — a kind of mental background processing where you consolidate memories, develop empathy by imagining other people's lives, generate creative ideas, and build a coherent sense of self.
When you stared out a window, waited for a bus, or sat quietly after dinner, your brain was doing some of its most important work. Boredom was, in a very real sense, the engine of the inner life."


En lisant les commentaires, alors qu’il est souvent recommandé de ne pas les lire, j’ai appris que, sans surprise, puisque c’est le principe même du fonctionnement des LLM, Claude avait tout piqué à Hartmut Rosa ou encore Byung-Chul Han (que je ne connaissais ni l’un, ni l’autre, soyons honnête). 

Alors, oui, vive l’ennui , là où la colère n'a plus rien à quoi s'accrocher pour croître.

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