Le rejet, le bruit et la bascule idéologique

 15 octobre 

Le sentiment de rejet, de mépris blesse toujours. J’ai beau connaître la situation, savoir que c’est ainsi depuis deux ou trois ans, chaque fois que je m’y retrouve confronté, je n’arrive pas à lutter contre le sentiment qui m’envahit. Au détour d’un projet, d’une activité à laquelle je ne suis sciemment pas convié, sans raison (ou du moins explicitée), je ne sais toujours pas comment réagir. L’ignorer ou le notifier (mais inévitablement de façon acerbe), dans les deux cas, la sensation reste la même. 

17 octobre

Le retour des sensations à la course, c’est aussi partir sans réel objectif, juste une durée ou une distance, sans rien d’autre. Se laisser griser par la musique, la brise fraîche sur le visage, la nuit qui meurt dans un brasier orangé. J’en ai même oublié le genou, la cheville, c’est encourageant. 

La passerelle qui enjambe le canal

Et puis, les vacances arrivent. Les micro-arbitrages permanents, c’est fini. La classe à tenir comme on tient un navire dans la tempête, contre vents et marées, avec pour seul objectif les gamins, en pause pour deux semaines. Tout le reste, à la poubelle, les injonctions empilées, contradictoires, débiles et qui ne servent qu’à produire du chiffre. Le cerveau va pouvoir se mettre en repos. Les oreilles aussi. Je crois qu’un aspect qui est souvent négligé dans notre travail, c’est le niveau de bruit dans lequel on évolue. De la première minute à la dernière, pause méridienne comprise. J’ai trouvé ce graphique ici : 


Du bruit le matin, le midi, tout le temps


Il est plutôt parlant. Il n’est pas issu du fonctionnement français (nous quittons à 16 h 30 et il y a une deuxième récréation l’après-midi). Me concernant, je ne fais pas la garderie du matin ni celle du soir, mais j’ai fait la cantine pendant quelques années. J’ai d’ailleurs arrêté à cause du bruit, de la fatigue que ça provoquait et du fait que le temps de midi me manquait pour préparer ma classe.

19 octobre

La chute est spectaculaire. Pas inattendue, mais spectaculaire. Un ami d’enfance (littéralement, c’était le fils de ma nourrice, né la même année que moi) s’est épanché sur les réseaux sociaux sur son histoire, son rapport à la politique. Et immanquablement, tout sert à justifier un revirement de la gauche à l’extrême droite. Je lis les arguments, je les comprends. Et pourtant, je ne vois pas en quoi ils justifient le choix final, rempli de haine de l’autre. Je cite :

« il est temps de donner une bonne leçon à cette France de merde qui nous pourrie (sic) la vie, on ne fait que les victimiser !!!
On ne va pas se laisser faire et ils vont payer ». 

Je n’ai plus les mots. 
On ne se côtoie certes plus vraiment depuis des années, mais on a toujours gardé un lien qui repose sur une grosse tranche de vie commune. Je sais que ça fait quelques années que nous ne sommes plus sur la même longueur d’onde. Pour autant, lire des choses pareilles me chagrine. Et je ne veux pas me poser en donneur de leçons, il est tout à fait légitime, mais elle interroge sur ce que la séquence de ce week-end va avoir produit comme effets délétères.
Enfermés dans nos bulles de confirmation sur les réseaux sociaux, notre colère est alimentée par les algorithmes qui renforcent notre vision, moquent celle des autres, je ne vois pas d’issue sereine et ça me chagrine autant que ça m’inquiète.



Les extrêmes se font face


Commentaires

Articles les plus consultés